A quand un Championnat espoir (-24 ans) en Nacra 17 ? photo FT

La Red Bull Foiling Generation est un traumatisme pour les certitudes de certains responsables fédéraux. Sur les 8 finalistes, 7 sont issus de la filière catamaran club. Un seul , Arthur Boc-Ho, en pôle ( 29er ) et là, il est possible de s’interroger sur l’absence de pôle FFVoile catamaran. Des brillants Champions d’Europe, vice-Championne d’Europe de monocoque, éliminés sèchement, ont maintenant un doute: les jeunes issus des clubs qui se consacrent au catamaran ne sont peut-être pas aussi mauvais que ce qu’ils entendent.

L’excellence de cette filière club est reconnue, au point que la FFVoile  reprend dans sa communication officielle les propos du double médaillé olympique autrichien Hans-Peter Steinacher: « La France est un pays depuis longtemps tourné vers les multicoques, donc on savait avant de venir ici que l’on y trouverait de grands talents, mais je dois dire que nous sommes très impressionnés »

75%   des jeunes finalistes de la Red Bull sont passés par la pratique du Hobie Cat 16, c’est le même remarquable ratio en équipe de France Nacra 17 . Or le Hobie Cat 16  a été éjecté de la filière jeune FFVoile en 2012.

Pour finir d’enfoncer le clou un dernier fait: la moitié (quatre sur huit) des finalistes de cette régate ont obtenu un podium sur le Championnat d’Europe jeunes Hobie Cat 16.  Pas moins de 75% , (six finalistes sur huit),  sont passés par ce support populaire et rustique: le Laser du catamaran. Ce remarquable ratio est le même qu’au sein de l’équipe de France Nacra 17 (trois sur quatre ont des titres en Hobie Cat 16). Malheureusement, pour mémoire le Hobie Cat 16 a été éjecté de la filière jeune par la FFVoile en 2012.

Les jeunes espoirs Australiens, Brésiliens, Danois, Italiens en Nacra 17 vont faire du Hobie Cat 16: seulement une sale manie ? Comprendre que faire du Hobie 16, même sans spi est une bonne préparation au support Olympique (poids, mixité, densité de la flotte, sensibilité à l’accélération et au positionnement du corps) est maintenant assez évident.

Après la démonstration du Taureau Rouge les candidatures de monocoquistes aux sélections ENV/Groupama explosent: c’est top !

Plus de 150 jeunes français veulent faire la Youth (-23 ans)  América Cup en 2017 avec les sélections pour 30 d’entre eux dans 15 jours, 12 les plus motivés seront entraînés, 6 resteront.  Ils seront complétés principalement par  des Olympiens ou quasi-Olympiens qui pourront faire  la session de rattrapage en août après Rio. Les tickets seront chers avec des palmarès sur une  coque plus que significatifs. Le programme d’apprentissage et de remise à niveau sur un deux coques, volant de surcroît, permettra un heureux brassage.

D’autant que grâce à Bic Sport qui fourni les Flying Phantom, Groupama pour les GC32, plus le Conseil Général du Morbihan les moyens mis à disposition sont conséquents pour l’ENV et la FFVoile.

Mais cette attirance, ce mouvement fort et nouveau peut faire craindre qu’il  va se faire au détriment de supports  perçu  comme moins attractifs  et fun. Après 18 mois de Flying Phantom ou GC32, retourner sur un support archimédien demandera une volonté très forte.

Ces aubaines pour les jeunes ne doivent pas faire passer sous silence le devoir d’équité  élémentaire d’une fédération vis à vis de ses pratiquants. Les jeunes de la filière catamaran sont aujourd’hui lésés par rapport à ceux qui ont fait le choix d’autres support. Cela ne doit plus durer.

L’absence d’une action  fédérale de formation des jeunes sur le Nacra 17 à l’instar des autres séries olympiques est triste.

Lors du dernier Championnat d’Europe Nacra 17 à Barcelone, il y avait des équipages jeunes Danois (2) , Allemand, Italiens (3), Néo-zélandais, Anglais, on sait que les Australiens sont sur le coup aussi . Ici l’absence d’une volonté FFoile est manifeste: il reste à ce jour (et je le déplore sincèrement) deux équipages français jeunes en Nacra 17. Le transfert de la forte compétence française vers les jeunes doit se faire et heureusement c’est la volonté de techniciens impliqués.

Comme la marche est haute, surtout en l’absence de pôles dédiés aux catamarans, une des mesures à prendre pour garder ce tissu de clubs actifs serait de créer un Championnat de France Espoir Nacra 17 (-24 ans pour se caler sur la limite de la classe) ainsi qu’une délégation spécifique sur le Championnat d’Europe jeune Nacra 17, ce qui permet de compléter un dispositif qui s’arrête au SL16 pour les moins de 20 ans.

Franck Tiffon, administrateur de la FFVoile, liste Changeons NOTRE fédération

Sur seulement neuf JO, le Tornado a contribué au tiers des six médailles d'or françaises depuis 1945. photo FT

Pas de structure d’excellence pour le catamaran de sport

Aujourd’hui encore le catamaran de sport permet à la France de placer trois équipages dans un top 10 mondial d’une série olympique. Dont les Champions du Monde en titre… Malgré  cette indéniable excellence française , le catamaran de sport est la seule discipline voile a ne pas disposer ni de pôles régionaux, ni d’un pôle national. Il y a dans le même temps: quatre pour les dériveurs , deux  pour les habitables, un pour le confidentiel skiff , trois pour la planche à voile.

Un jeune listé en catamaran de sport, c’est à dire ayant fait la performance internationale permettant d’être reconnu par le ministère jeunesse et sport,  n’a pas de structure. il ne lui est proposé qu’un « rattachement administratif » et des examens médicaux, certes précieux dans le cadre d’une entraînement intensif mais  qu’il a subi déjà une demi-douzaine de fois, s’il persiste,  le malheureux, dans des performances internationales. Belle récompense ! Courageusement et avec abnégation, une paire de techniciens assurent des entraînements avec des moyens sans rapport avec les séries « nobles ».

Et comme cela fonctionne en terme de performances, pourquoi changer ?  Poussons le bouchon plus loin et supprimons dans cette logique nihiliste toutes les structures existantes pour avoir le niveau des résultats français du catamaran de sport ! Ok, je sors ;-)

En l’absence de  filière jeune dédiée il était normal il y a 20 ans , que le catamaran olympique accueille des sportifs venus de supports lents. Ce n’est plus vrai aujourd’hui.

Plus sérieusement, alors  que  des compétiteurs issus du catamaran  brillent en Classe 40,  J80, Figaro et sur le support du TFV (Vauchel, Salomon, PA Morvan, Dary/Bellet/Melot, Dutreux, Villon…) en plus de l’olympisme (Besson, Vaireaux, Audinet), comment comprendre cette politique discriminatoire envers la filière catamaran.
Concrètement il est plus facile de tactiquer quand le virement coûte peu et qu’on a le temps puisque cela se passe à 5 noeuds. La voile moderne est rapide  demande ainsi un apprentissage long et spécifique.

Hormis olympisme et ISAF jeune ni équipe de France ni délégation tricolore sur les épreuves majeures du catamaran de sport

Il est surprenant de constater l’absence  d’équipe de France,ou de délégation, catamaran sur les épreuves internationales en F18 (200 équipages, 25 nations à Kiel), HC16 (120 équipages, 15 nations) ou en Classe A (les pros de la Coupe en sont…),  alors que le niveau sportif international vaut, hormis dans la tête des dirigeants fédéraux, celui du J80, SB20 ou de la Commodore Cup .

Pas plus d’équipe tricolore ou de collectif prévus sur les régates stadiums ou le cata volant basé sur des jeunes ayant l’expérience du catamaran comme l’équipe de France de Windsurf/funboard, ou délégation match race. A force de préjugés et l’absence de clairvoyance, on arrive sur les revers cinglants et les gaspillages du M34, du match-race féminin évacués par le Tour de France ou les JO.

jusqu’à 28 ans pour être reconnu comme un bon jeune  en Inshore ou match race, 25 ans en Funboard et 20 ans en catamaran de sport: rien ne justifie ces écarts.

La réduction année après année, sans équité par rapport aux autres supports, des spots haut niveau (HN) jeune, c’est à dire le sésame permettant d’être reconnu par le ministère, ou  en ne donnant pas d’objectif sportif  précis aux jeunes entre 19 et 25 ans, spécialement en équipage mixte (alors que c’est l’objectif olympique et donc au sein du contrat d’objectifs avec le Ministère) contribue à dévaloriser la filière et la vider des jeunes qui jouent le jeu et performent. L’argument du nombre trop important de jeunes français devant s’avère surréaliste puisque cela revient à leur reprocher le niveau de la formation, faire payer leur travail et leur talent.

23 ans comme limite HN jeunes en Formule 18 et 20 ans en Hobie Cat 16, cette différence est sans cohérence quand on sait que la F18 est plutôt pour les équipages de garçons (150 kg d’équipage) et le HC16 plus orienté mixte (130 kg d’équipage) et surtout incohérent avec le constat que les barreurs brillants en Nacra 17 ont plus de 30 ans…

Si l’on rajoute que l’on est jeune pour performer  en Inshore ou en match race jusqu’à 28 ans et 25 ans en Funboard, il est facile de comprendre que tout est fait pour détourner les jeunes à forts potentiels du catamaran de sport le plus vite possible. Cerise sur le gâteau à la grimace, l’éviction du HC16 de la filière jeune, la suppression du championnat  15.5 féminin et la fin du co-financement Tyka , avec un peu de paranoïa cela peut ressembler aux manifestation d’une volonté certaine de détruire cette filière basée sur le dynamisme des clubs.

Cela décourage insidieusement et quasi-systématiquement l’élite de cette filière jeune. c’est à dire ceux qui ont été capable de cumuler année après année des médailles sur les Championnats de France et de se sélectionner chez les bleuets une ou plusieurs fois pour l’ISAF jeune ou le HC16. Sans doute pour les remplacer par des jeunes venus d’autres supports. Ceci s’avère objectivement un très mauvais calcul à l’heure de la voile rapide sportive de la Coupe de l’América au Tour de France à la Voile, compétitions qui ont besoin de régatiers formés aux finesses du jeu à vitesse élevée.

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